Le sang et les larmes
"J'ai souhaité revenir aux origines du conflit,
expliquer comment on en est arrivé à la situation actuelle",
explique Dominique Le Meur, qui a travaillé à cet ouvrage
pendant deux ans et demi. "Je me suis aperçu que pendant des
années, j'avais eu du conflit une vision à sens unique, une
sorte de version officielle, essentiellement britanique. Alors
que les choses étaient beaucoup plus compliquées".
Son livre, il l'a situé dans les années 70,
quand des générations sacrifiées portaient la violence à son
paroxysme.
Car depuis plusieurs décennies, l'histoire
de l'Irlande s'écrit dans le sang et les larmes. Les enfants
de Belfast en savent quelque chose. Au début de l'ouvrage, le
père de Stiofan vient d'être assassiné. Le jeune garçon et sa
mère s'installent dans le sud du pays. Mais "même si les démons
sont enfouis, il n'ont pas disparu". A 18 ans, le jeune homme
vend à la sauvette un journal républicain : premier pas dans
un engrenage qui l'amènera à revenir à Belfast, puis à poser
des bombes. Et à prendre conscience de l'absurdité de ce terrorisme
aveugle. D'autant qu'il a fait la connaissance de Sinead, mêlée
malgré elle à ces complots où la mort rôde en permanence. Aujourd'hui,
une vingtaine d'années après les temps décrits par le livre,
l'Irlande entrevoit un espoir. "La situation se normalise au
niveau politique. Mais sur le terrain, c'est encore loin d'être
le cas. L'antagonisme est encore très présent dans les deux
communautés", souligne Dominique Le Meur. A la fin de son roman,
la situation, très noire, n'est pourtant pas désespérée. On
peut espérer une embellie. Et, pourquoi pas, une suite où la
paix aurait enfin voix au chapitre.
© L'Yonne Républicaine
- 01/08/1998
F.L. |